Bien-aimés du Christ, dans la célébration du baptême, tout commence par une première question. Quel prénom avez-vous choisi pour votre enfant ? Certaines fois, je vois des regards surpris, voire navrés, des participants qui se disent « il a l’air jeune, ce diacre » pour avoir oublié le prénom de l’enfant. A priori, tous ceux qui sont là savent comment cet enfant s’appelle.
Si c’est si important de rappeler le prénom de l’enfant au début du baptême, c’est parce que dans la Bible, le prénom est ce qui dit le caractère profond de l’être humain. Sa qualification, son caractère, son identité profonde dans les mains de Dieu.
L’Évangile que nous venons d’entendre nous donne deux prénoms pour cet enfant qui va naître dans une crèche. Emmanuel, Dieu avec nous, Jésus, Dieu sauve. Avec ces deux prénoms, c’est toute l’histoire du salut, toute l’histoire de notre salut qui nous est donnée, qui est résumée en deux prénoms. On ne peut pas faire plus court, plus concis et en même temps plus clair. Comme le disait saint Athanase, « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ». Et nous avons là effectivement ces deux temps forts de la liturgie : Noël, Dieu avec nous, Pâques, Dieu sauve.
Alors ce matin avec vous, je voudrais m’arrêter un petit peu sur ce que signifie ce Dieu avec nous, cet Emmanuel. Qu’est-ce que cela signifie pour chacun de nous ? Et quand je dis Dieu avec nous, ce n’est pas Dieu sans nous. La question est donc : Dieu oui est avec nous, mais est-ce que moi je suis avec Dieu ?
Dieu avec nous d’abord, Emmanuel, quelle nouvelle incroyable, quelle immense nouvelle que de savoir que Dieu a rejoint notre humanité, qu’il a partagé tout ce qui fait notre condition humaine, ses joies, ses peines, ses succès. Il a eu des succès Jésus, et puis ce dramatique échec de la croix, cet abandon de ses amis. L’Évangile nous dit que Jésus n’avait pas une pierre pour reposer sa tête. Alors il a connu, peut-être comme beaucoup d’entre nous aussi, les épreuves de la vie, la maladie, la solitude, le sentiment d’abandon.
Je me rappelle un sans domicile fixe qui me partageait de retour de Lourdes, où il était allé avec le Sapel, une organisation qui œuvre auprès du Quart Monde pour apporter une force spirituelle au Quart Monde. Ce SDF témoignait qu’il avait pris conscience en suivant le chemin de croix à Lourdes, il avait pris conscience que Dieu avait partagé sa vie, que tout ce que lui vivait au quotidien, dans ce qu’il y a de plus difficile, de plus dur, Dieu l’avait vécu avec lui.
Alors, Dieu avec nous, ça signifie que Dieu partage nos fragilités, nos blessures, et que se préparer à Noël, c’est peut-être d’abord de reconnaître nos fragilités, nos blessures, pour les offrir au Seigneur, pour les offrir à ce Jésus qui vient nous rejoindre. Oui, c’est dans nos fragilités, dans nos blessures, que Dieu vient nous féconder, que Dieu vient nous renouveler, nous redresser, nous relever, comme il nous sera, lui, ressuscité, relevé dans la nuit de Pâques.
Mais Dieu avec nous, ce n’est pas Dieu sans nous. Et donc la question, et la figure de Joseph est là pour vraiment nous poser cette question : est-ce que je suis avec Dieu aujourd’hui ? Est-ce que je serai avec Dieu au pied de la crèche dans la nuit de Noël ? Est-ce que je serai avec Dieu dans tous les jours, en fait, qui vont venir ?
Regardons Joseph. Joseph est silencieux. Il dort. Peut-être qu’il s’est endormi dans sa prière, comme le faisait la petite Thérèse, mais Dieu également est présent lorsque nous dormons. Et ce que l’on peut regarder de Joseph, qui était un homme juste, un homme bon, qui avait soin de s’ajuster à la volonté de Dieu, à l’amour de Dieu, cet homme juste, cet homme bon, eh bien dans cette nuit qu’il va traverser, il va se convertir. Son cœur va être transformé par la parole de Dieu. Et il va rentrer dans un chemin de confiance. De foi.
Et donc, être pour chacun de nous avec Dieu signifie être dans cette confiance. Dans cette confiance que, oui, le mystère de Dieu, le mystère de l’amour de Dieu, est quelque chose qui me dépasse infiniment, et que je n’aurai jamais fini de travailler, d’essayer de comprendre. Mais dans ce mystère, j’ai toute ma place.
Et c’est un projet de Dieu, comme Joseph, qui pouvait se sentir à un moment donné, écarté du projet de Dieu. Bon, Marie, elle est enceinte, etc. Mais moi ? Mais moi ? Et l’ange est là pour lui rappeler qu’il a toute sa place dans le projet de Dieu. Comme chacun de nous, nous avons toute notre place dans ce projet de Dieu, un projet d’amour, de nous aider à grandir dans l’amour.
Alors, voilà, le premier pas pour nous être avec Dieu, c’est poser un acte de confiance, un acte de foi. Oui, Seigneur, je suis là pour toi. C’est bien la différence entre Joseph et le roi Achaz. Dans la première lecture, le roi Achaz, justement, et c’est ce qui énerve un tantinet Isaïe, c’est qu’il ne fait pas confiance à Dieu pour discerner ce qu’il convient de faire pour lutter contre ces deux royaumes qui le menacent. Achaz n’est pas dans la confiance. Joseph, lui, est dans la confiance. Et donc nous sommes appelés, chacun de nous, vraiment, dans notre quotidien, à faire confiance en Dieu, à suivre ce modèle de Joseph fait de silence, d’humilité, de pauvreté, pour, avec confiance, rentrer dans le projet de Dieu.
Mais être avec Dieu, cela ne s’arrête pas là. Cela ne s’arrête pas à la confiance. Être avec Dieu, c’est, comme Joseph, prendre soin de Jésus. Dieu aurait pu se dire, avec Marie, Jésus déjà a quelqu’un de parfait, de compétent, qui va pouvoir l’élever, mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi qu’un père terrestre soit aux côtés de Jésus pour le protéger, pour en prendre soin. C’est ce qu’il fera dans la fuite en Égypte. C’est ce qu’il fera à chaque moment de la vie de Jésus jusqu’à la vie publique. Alors, Joseph disparaît, il laisse Jésus en première ligne, mais jusque-là, c’est Joseph qui prend soin de Jésus et de Marie.
Alors, qu’est-ce que cela veut dire pour nous, prendre soin de Jésus ? Eh bien, cela veut dire prendre soin de nos frères et de nos sœurs. J’imagine qu’à trois jours de Noël, vous avez fait vos courses, que tout est à peu près d’équerre pour une belle fête. Et c’est très beau de se réunir quand nous pouvons le faire en famille, mais tant de personnes vivent aussi Noël comme une épreuve, comme une souffrance. Parce que tant de personnes sont à l’hôpital le soir de Noël, tant de personnes vont être seules dans la rue le soir de Noël, tant de personnes n’auront personne justement qui viendra lui fêter Noël, qui lui dira simplement « Joyeux Noël, Emmanuel, Dieu avec toi ».
Alors, il nous revient à nous baptisés véritablement d’être, de prendre soin, prendre soin de nos frères et sœurs. Mais il n’est pas trop tard, il nous reste trois jours pour rentrer dans cette dimension où je prends soin de mon frère et de ma sœur, parce que c’est en prenant soin de mon frère et de ma sœur que je prends soin de Jésus, comme Joseph. Et comme Joseph, je suis appelé à prendre soin de Jésus.
Pour finir, et comme il nous reste trois jours, je vous propose donc trois pas de côté. Prendre un petit peu de temps dans ces trois jours pour trois choses.
La première, relire dans ma vie les pas de Dieu. Ne remontez pas forcément au calendrier grec, parce que déjà, comme si vous êtes comme moi, vous n’avez pas forcément le souvenir de ce qui s’est passé il y a deux ou trois ans, mais prenez simplement peut-être le dernier mois, le dernier trimestre, depuis l’été. Relisez votre vie à la lumière de l’Évangile. Retrouvez dans vos vies les pas de Dieu et rendez grâce. Rendez grâce dans la nuit de Noël pour ce Dieu avec vous, avec moi, avec toi, dans ma vie. Premier pas de côté, relire sa vie, relire les pas de Dieu dans sa vie.
Deuxième pas de côté, offrir au Seigneur, à ce Jésus qui vient, ce que l’on a de plus précieux. Eh bien, ce que l’on a de plus précieux à offrir à Jésus, ce sont tous nos manques d’amour, nos péchés. Nous sommes appelés à offrir ce cadeau de nos péchés à Jésus. Peut-être avez-vous en tête ce récit de l’apparition de Jésus à Saint Jérôme, où Jésus lui demande à Saint Jérôme de lui offrir tout ce qu’il a. Et alors, Saint Jérôme énumère tout ce qu’il a fait, etc., toutes les grâces qu’il a reçues. Puis à un moment donné, il est à court, à court d’idées. « Ah, je crois que j’ai tout donné ! » Et le Christ lui dit : « Jérôme, donne-moi tes péchés pour que je te les pardonne. » Alors, le plus beau cadeau que nous pouvons faire à Jésus, c’est de lui offrir nos péchés. Alors, il y aura des temps de confessions proposées, mais même dans l’hypothèse où vous n’auriez pas le temps d’aller vous confesser avant Noël, prenez le temps, dans le secret de votre cœur, de demander pardon. « Pardon Seigneur, lorsque je suis passé à côté sans m’arrêter, lorsque je n’ai pas tendu la main, lorsque je n’ai pas donné ce sourire qui aurait pu faire tant de bien, lorsque je n’étais pas au rendez-vous de l’amour du Christ. » Et puis, après, vous pourrez aller vous confesser. Il y a toujours des prêtres prêts à donner ce magnifique sacrement de la réconciliation.
Et puis, troisième pas de côté, poser un acte de charité, un acte de paix. Vous allez, nous allons rejoindre nos familles, mais peut-être que dans nos familles, divisées, déchirées parfois par des tensions, il est Noël et ce moment où nous pouvons poser dans nos familles un acte de paix, un acte d’unité. Et si ce n’est dans nos familles, il n’y a pas à aller très très loin pour pouvoir prendre le temps d’un acte d’amour, d’un acte de paix.
Voilà, trois jours, trois pas de côté : relire sa vie, regarder les pas de Dieu dans sa vie, offrir à Jésus ses péchés, poser un geste de paix et de charité.
Frères et sœurs, bien-aimés du Christ, que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu, notre Père, et de Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.
Frédéric Subra, diacre permanent de l’ensemble paroissial Saint Pothin – Immaculée Conception



