Dilexi Te

 

Le pape vient de publier ce document sur un des points de la doctrine sociale de l’Eglise qui s’appelle l’option préférentielle pour les pauvres. C’est un terme qui est compliqué et nous allons essayer de comprendre ce que l’Eglise veut nous dire à travers cette expression.

 

  1. L’amour de prédilection de Dieu pour les pauvres

 

C’est le point de départ pour comprendre l’expression « option préférentielle pour les pauvres ». Le mot « option » est un mot piégé en français, parce qu’on se dit que c’est quelque chose qui est facultatif. Le mot « option » en latin signifie choix, décision. Dieu a choisi de prendre soin des plus pauvres.

 

De quels pauvres prend-il soin ? Dieu regarde l’humanité tout entière, l’aime particulièrement, elle qui est abîmée par le péché, par la fragilité. Nous avons tous, au fond de notre cœur, une pauvreté et le Seigneur nous aime tous, accompagne chacun d’entre nous. On retrouve chez le Christ cet amour : il descend du ciel, s’appauvrit pour rejoindre l’humanité et nous sauver sur la croix.

 

Mais Dieu a aussi une attention plus particulière envers les personnes en souffrance, exclues, qui se sentent de trop. Quand Dieu apparaît à Moïse dans le buisson ardent, il lui dit « j’ai vu la misère de mon peuple en Égypte ». Dieu est touché par cette souffrance. Pour bien comprendre cela, on peut prendre une image : Dieu est comme un père, une mère de famille qui est touché par la détresse d’un de ses enfants. Ça ne veut pas dire qu’il n’aime pas les autres, mais son cœur est saisi de compassion envers celui qui vit une période de souffrance.

 

On trouve cela dans la vie de Jésus. Il se fait proche des prostituées, des malades, des femmes veuves, de cette femme qui vient de perdre son enfant. Jésus est saisi de compassion devant eux. Il guérit, il soigne, il touche, il prend soin. Il est aussi saisi de compassion devant la soif spirituelle de ses contemporains. Mais Jésus ne s’est pas contenté de se préoccuper des pauvres ; il a vécu cette pauvreté : sa naissance à Bethléem dans une mangeoire ; il dit aussi qu’il n’a pas de pierre sur laquelle reposer la tête. Il est exclu des communautés par les pharisiens, il est jugé, tué. Pourquoi Jésus choisit-il de vivre cela ? Pour partager ce que vivent les plus pauvres, pour leur dire « tu n’es pas abandonné, ce que tu vis, je le vis avec toi », comme un compagnon de route.

 

  1. Comment vit l’Eglise vit-elle l’option préférentielle pour les pauvres ?

 

Elle reçoit cette invitation du Christ : « va et toi aussi fais de même ». L’Eglise, pour être vraiment du Christ, marche à sa suite. Bien sûr l’Église n’est pas parfaite, il n’y a qu’à regarder son histoire. Ce qu’il faut c’est regarder, c’est ce qu’ont vécu les saints, ceux qui ont cherché à imiter le Christ.

 

Saint Benoît par exemple invite ses moines à vivre une pauvreté volontaire, à accueillir chacun, en particulier les étrangers, les miséreux. Il invite à voir en eux le Christ en personne : « ce que tu as fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que tu l’as fait ». Les bénédictins dans l’histoire au Moyen-Âge prendront soin des orphelins, les éduqueront, instruiront les paysans sur les techniques agricoles, etc. Ce qu’ils souhaitaient c’était fonder une nouvelle civilisation dans laquelle les personnes pauvres n’étaient pas un problème à résoudre mais un frère à accueillir.

 

Que nous dit le pape pour aujourd’hui ? Il nous dit que la pauvreté n’est pas un problème à régler mais une question de famille. Il nous dit : « ils sont des nôtres ». Il nous dit que tout renouveau de l’Eglise passe par une attention envers les plus pauvres. L’Eglise est faite pour évangéliser, bien sûr ; elle est faite aussi pour prendre soin des pauvres. Cela fait partie de sa nature. Il est beau dans notre paroisse de voir ces initiatives auprès des personnes de la rue, des personnes ayant un handicap, des personnes qui vivent une souffrance dans leur couple, qui sont en espérance d’enfant.

 

  • Quelle sagesse Dieu veut nous communiquer à travers les pauvres ?

 

Le pape nous invite à une conversion de regard. La vraie charité n’est pas une bienfaisance. Elle est de reconnaître en l’autre un frère, de l’aider et de me laisser enrichir par lui. Le pape nous donne des pépites sur ce que nous recevons à leur contact :

  • En découvrant les difficultés qu’ils vivent, nous simplifions naturellement notre vie, et nous relativisons nos soucis du quotidien. Un jour j’ai vécu quelque chose de cet ordre au Vietnam où j’ai rendu visite à l’enfant parrainé par ma grand-mère. Je visite cette famille, qui vit dans une pauvreté terrible: maison en mauvais état, maman veuve, malade, qui travaillait 29 jours sur 30. Elle me dit  » En fait j’ai de la chance » – je n’en revenais pas – « j’ai de la chance parce que ma petite fille est bien éduquée et grâce à votre grand-mère elle peut aller à l’école ». C’est Tous les petits soucis que j’avais à ce moment-là m’ont paru bien petits.
  • L’entraide chez eux peut nous retourner. Un jour j’ai vu une femme de la rue, Patricia qui avait reçu un billet de 10 euros. Elle était allée acheter un paquet de gâteaux pour l’offrir à une paroissienne qui l’avait aidée. Elle n’avait rien, elle a tout donné.

 

  1. Que faire aujourd’hui ?

 

C’est le dernier chapitre du pape. Je transmettrai le message du pape sous forme de questions :

  • Qui sont les personnes en souffrance autour de moi ?
  • Quel regard je porte sur les plus pauvres ? Pour nous éclairer, le pape nous donne une interprétation du bon samaritain: « Quand je rencontre une personne dormant exposée aux intempéries dans une nuit froide, je peux considérer que ce tas est un imprévu qui m’arrête, un délinquant désœuvré, un obstacle sur mon chemin, un aiguillon gênant pour ma conscience, un problème que doivent résoudre les hommes politiques, et peut-être même un déchet qui pollue l’espace public. Ou bien je peux réagir à partir de la foi et de la charité et reconnaître en elle un être humain doté de la même dignité que moi, une créature infiniment aimée par le Père, une image de Dieu, un frère racheté par le Christ. C’est cela être chrétien. Que fit le bon samaritain ? » Le pape prend ici l’exemple d’une personne de la rue, mais ça pourrait très bien être une personne avec handicap, une personne veuve, une personne divorcée, un couple qui n’arrive pas à avoir d’enfant, etc.

 

Il est dur de rester indifférent à ce document… Il nous bouscule, mais on peut aussi le trouver culpabilisateur ; devant certaines formes de pauvreté, on peut se retrouver démuni. Pour moi, la vraie piste c’est la suivante : quel petit pas je peux faire aujourd’hui, vers quelle personne je pourrais me tourner, qu’est-ce que je pourrais faire pour elle, comment me rapprocher d’elle, lui manifester ma proximité, essayer de la comprendre, essayer de l’écouter ?

 

Dans cet enseignement, j’ai cherché à expliquer ce qu’est l’option préférentielle pour les pauvres. Cette option, c’est d’abord Dieu qui choisit les plus pauvres. Il aime l’humanité tout entière, mais il est particulièrement touché par celui qui souffre. Cette attitude, en tant qu’Eglise du Christ, nous sommes aussi invités à la vivre aujourd’hui. Non pas de manière condescendante, mais en les reconnaissant comme nos frères et en nous laissant évangéliser par eux.