Doit-on aimer ses ennemis ?

Honnêtement, cet évangile est absolument inaudible. Faire du bien à ses ennemis, pardonner jusqu’au bout, on lirait cet évangile là à Gaza ou alors dans une famille marquée par les atrocités commises par le Hamas, je pense que ça serait complètement inaudible et choquant. Nous sommes sur un évangile compliqué et nous avons vraiment à le réaliser. Est-ce que nous avons à trouver nos ennemis comme sympathiques ? Aujourd’hui je proposerai quelques petites pistes de réflexion sur cette question de l’amour des ennemis.

 

Mais juste avant cela, je voudrais présenter l’évangile de Saint Luc. Pourquoi ? Parce que nous sommes relativement au début du temps ordinaire et que c’est intéressant de comprendre l’évangile qui va structurer tout le temps ordinaire pendant cette année C. Chaque année, année A, année B, année C, on suit un évangile. L’année A, Matthieu, l’année B, Marc ou inversement, je ne sais plus, et l’année C, Saint Luc. Et c’est intéressant d’avoir quelques petites pistes de lecture pour mieux appréhender cet évangile et ça nous permettra d’ailleurs de comprendre pourquoi les paroles de Jésus sont de cet ordre là aujourd’hui.

 

D’abord, qui est Saint Luc ? Et bien vous allez être déçus, on ne sait pas bien. Rien ne nous est dit véritablement sur Saint Luc. On pense que c’était un compagnon de Saint Paul, mais ce n’est pas certain. On pense aussi qu’il connaissait la Vierge Marie parce qu’il a raconté des épisodes de la vie de Jésus que seul Marie pouvait connaître. Voilà à peu près tout ce que l’on sait. Une autre chose que l’on sait, et ça c’est une certitude, c’est que Saint Luc a écrit deux livres dans la Bible. Il a écrit l’évangile de Saint Luc, on s’en doutait, et il a écrit les actes des apôtres. Il a écrit donc la vie du Christ et le début de l’église, comment les apôtres ont mis en place l’église.

 

Dernière chose sur Saint Luc, c’est qu’on se rend compte à la lecture de l’évangile que c’est un homme plein de délicatesse. Il ne parle pas de lépreux, il parle d’un homme couvert de lèpre. C’est un homme qui regarde la personne, chaque personne.

 

Deuxième chose sur l’évangile de Saint Luc, sa structure. On a besoin de la comprendre parce que sinon on voit chaque passage de l’évangile indépendamment. Non, ils se suivent les uns derrière les autres et c’est intéressant de venir le dimanche en se disant dans quel moment de la vie de Jésus je me trouve. Comprendre les passages avant et les passages après.

 

Il y a cinq parties chez Saint Luc. D’abord ce qu’on appelle l’évangile de l’enfance, le commencement de sa mission, toute une prédication en Galilée, la montée vers Jérusalem et le passage à Jérusalem. L’évangile de l’enfance va nous raconter la naissance de Jean-Baptiste, l’Annonciation, la naissance de Jésus, la présentation de Jésus au temple, Jésus qui est perdu à Jérusalem.

 

La deuxième partie c’est le commencement de son ministère, Jésus qui est baptisé, Jésus qui va au désert. Ensuite il va prêcher en Galilée et donc là on va le voir beaucoup autour du lac de Galilée à prêcher, des foules immenses qui viennent, des miracles, un paralysé qui est guéri, une tempête apaisée, la multiplication des pains, Jésus qui appelle les douze apôtres et déjà les pharisiens qui critiquent Jésus.

 

Et ensuite à partir du chapitre 9 on bascule sur autre chose, Jésus monte à Jérusalem et on dit Jésus le visage déterminé monta à Jérusalem, il sait qu’il va voir sa passion et donc on a le nœud dramatique de l’évangile qui commence à se nouer et on sent que la tension avec les pharisiens est de plus en plus forte mais il va continuer de la même façon à prêcher, à faire des miracles, à annoncer sa passion aux disciples.

 

Et dernière partie, à Jérusalem, Jésus va enseigner au temple et ensuite on connaît l’épisode de la passion et de sa résurrection. Nous avons donc comme cela toute cette fresque de la vie de Jésus et notez bien que les autres évangiles ne sont pas structurés de la même manière. Saint Marc n’a pas d’évangile d’enfance par exemple, Saint Matthieu structure la vie de Jésus autour de cinq grands discours intercalés au milieu d’actions de Jésus. Les choses ne sont pas racontées de la même manière même si bien sûr ils présentent chacun Jésus mais avec leur prisme, ce qu’ils ont retenu, leur personnalité.

 

Une dernière chose sur l’évangile de Saint Luc, ces quelques points saillants de sa manière de raconter la vie de Jésus. D’abord la joie, c’est un évangile de la joie. Si vous lisez la naissance de Jésus, la joie est débordante. Quand Jésus fait des miracles, la joie est immense.

 

Deuxième chose, la miséricorde. C’est chez Saint Luc que l’on trouve la parabole de l’enfant prodigue et l’épisode du bon larron, le pardon de Dieu inconditionnel.

 

Le troisième point saillant et il a à voir avec l’évangile du jour, c’est l’exigence et la radicalité. Saint Luc met dans la bouche de Jésus des paroles qui sont comparativement beaucoup plus fortes que chez Saint Matthieu. Pourquoi donc ? Peut-être parce que Jésus les a dites comme cela exactement, mais Saint Matthieu a bien compris qu’il ne fallait pas les prendre au pied de la lettre, mais a davantage donné le sens spirituel.

 

Et ça c’est capital pour comprendre Saint Luc, sinon un certain nombre de passages peuvent nous paraître révoltants. Bien comprendre ce point de Saint Luc. Saint Luc est d’une grande exigence et d’une grande radicalité dans sa manière de dire les choses et d’avoir reçu l’enseignement de Jésus.

 

Et quatrième point, des points saillants de l’évangile de Saint Luc, l’Esprit-Saint. Jésus est guidé par l’Esprit-Saint. Il exulte de joie sous l’Esprit-Saint, conduit au désert par l’Esprit-Saint.

 

Après avoir vu cela sur Saint Luc, maintenant allons sur l’amour des ennemis. C’est le texte du jour. Cette parole, comme je vous l’ai dit, n’est pas à prendre au pied de la lettre. Par exemple, quand quelqu’un te frappe sur une joue, tend lui l’autre joue.

 

Est-ce que c’est ce qu’a fait Jésus quand on l’a giflé? Pas du tout. Il lui a dit aux gardiens, si tu me frappes, pourquoi le fais-tu? Si j’ai dit quelque chose de mal, dis-le moi. Il invite l’autre personne à venir en lui-même. Il n’a pas tendu l’autre joue.

 

Cet évangile n’est pas à prendre au pied de la lettre. Une chose essentielle sur l’amour des ennemis, c’est que ce n’est pas un déni du mal. Au contraire, on le nomme son ennemi.

 

Ce chemin de l’amour des ennemis est un chemin qui est impossible, impossible. Avec nos capacités humaines, nous ne sommes pas capables d’aimer nos ennemis. Avec nos capacités humaines, le seul qui en est capable, c’est Jésus. Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.

 

Amen.

Père Olivier de Petiville, vicaire de l’ensemble paroissial Saint Pothin – Immaculée Conception