Chers frères et sœurs,

nous sommes présents ici car nous sommes appelés par la Christ, qui nous rassemble, nous précède et nous appelle à le suivre. Alors nous n’allons pas tergiverser et pour faire simple, c’est actuellement la grande braderie à Lyon alors allons y : « va, vends ce que tu as et donne le aux pauvres »…

N’est-ce pas la réponse à la question, à notre question, à cette question que chacun de nous dois se poser, « que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? »

Pourquoi ne pas entendre pour moi cette réponse, « va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ».

Premier élément de réponse, ce jeune homme dans l’Evangile de St Marc n’est pas toute l’humanité. La même question posée à des personnes différentes n’appelle pas nécessairement la même réponse. Ce qui est bon pour l’un n’est pas forcément le meilleur chemin pour un autre. Nous ne recevons pas tous le même appel. Certains sont appelés à vivre une pauvreté radicale, à se rendre complétement dépendant du bon vouloir d’autres hommes et ainsi témoigner de la Divine Providence et d’autres ne le sont pas.

Alors que fait-on de cette parole si on ne se sent pas appelé à cette pauvreté ? Certes cette parole est adressée à une personne en particulier mais elle est aussi une parole du Christ, Evangile, Bonne Nouvelle pour nous ici et aujourd’hui.

Comment tel qui a reçu un gros patrimoine ou encore une autre qui a bien réussi sa carrière ou alors cette connaissance qui au contraire a perdu beaucoup ou encore une autre qui vit chichement du fait de la maladie, comment vit-on avec cette parole du Christ aujourd’hui ?

Une partie de la réponse est dans la Doctrine Sociale de l’Eglise ; cet enseignement qui puise sa source dans l’anthropologie chrétienne, et dans les écritures. Elle éclaire un agir chrétien dans la société. Nous ne sommes pas chrétiens tout seuls, notre foi se déploie dans le rapport aux autres autant que dans le rapport à Dieu. Que dit la Doctrine Sociale de l’église sur le rapport aux biens, à l’argent ?

Elle parle de Destination Universelle des Biens et d’un Juste Usage de la Propriété.

La Destination Universelle des Biens : reformulée cela veut dire tous les biens matériels ou immatériels sont au service de l’humanité tout entière. Vous aviez fini de rembourser l’emprunt de votre maison ou de votre voiture, et l’église vous dit « non vous n’êtes pas complétement propriétaire de cet appartement, de cette voiture ou de cet ordinateur ». Rassurez-vous, l’église reconnaît le droit à la propriété, non comme un droit absolu mais comme un droit relatif au bien commun. Le bien commun est le bien de tous les hommes et de chaque homme, à la fois le bien de chacun et le bien de tous

La propriété au sens du droit civil est un bon moyen de permettre la création de valeur tant qu’elle est ordonnée au bien de chaque homme et de tous les hommes. Prenons deux exemples :

Exemple 1 je dispose d’un champ mais n’ai pas les compétences pour l’exploiter au niveau agricole, j’ai le choix entre 2 attitudes

_je peux l’entourer de barbelés, interdire toute exploitation de cette parcelle et le laisser en jachère

_ ou alors confier ce champ à un agriculteur qui saura le cultiver et produire une récole capable de nourrir des familles.

Dans la première attitude, je prive le champ de sa finalité qui est d’être cultivé et de produire une récolte, Dans l’autre attitude je la permets, même si je demande à l’exploitant une rémunération.

Exemple 2 J’ai de nombreux champs pour lesquels je demande une rémunération juste. Je constate que ces rémunérations me permettent d’avoir un revenu supérieur à mes besoins. Je décide d’être mécène en finançant une œuvre d’art. Si cette œuvre d’art finit dans un coffre-fort, par crainte d’être volée ou détériorée, je prive l’humanité de pouvoir contempler cette création, je transforme cette œuvre d’art en un placement financier et in fine je transforme l’artiste en un alchimiste qui crée de l’or mais rien à contempler.

 

On voit bien les 2 versants de la propriété : d’un côté une propriété qui permet, qui ouvre et l’autre côté une propriété qui prive, qui ferme. D’un côté un intendant qui gère au mieux les biens qui lui sont confiés et de l’autre côté, un « voleur » qui s’approprie uniquement pour lui-même les biens confiés.

Le voleur prive l’humanité de certains biens, il y a un côté confiscatoire. Mais en faisant cela, Il se prive aussi parce qu’il prend plutôt que recevoir.

 Il se prive de Dieu, il se prive de Celui qui donne la Vie. Dieu donne, le voleur prend, il prend même ce qui lui a été donné, il fait disparaître celui qui est à l’origine de tout, il tente de se faire l’origine, la cause de tout.

Alors comment démasquer ce voleur ? inutile de chercher en regardant à gauche ou à droite, ce voleur se terre au fond de chacun de nous.

Quand on entasse de vêtements qu’on ne met plus, quand on laisse dormir sa voiture sans jamais l’utiliser alors qu’on pourrait la prêter, quand on hésite à donner un peu de son temps, quand on épargne beaucoup sans projet, quand on exige de son épargne un rendement sans se soucier des moyens de l’obtenir, quand on gaspille, quand… la liste est longue, je vous laisse la compléter.

Alors jouons au gendarme et au voleur. Comment traquer ce voleur qui prive de biens l’humanité ?

Je vous propose 2 actions

1/ se déposséder et se remettre vraiment dans l’attitude de l’intendant. Mes biens, mes talents viennent du Seigneur qui me les confie pour le bien de tous et de chacun. Donc MERCI SEIGNEUR pour tous tes dons . C’est le sens du bénédicité avant le repas « Merci mon Dieu pour ces aliments et les talents de ceux qui les ont produits. c’est aussi une attitude à travailler tous les jours pour apprendre à reconnaitre les cadeaux reçus. Porter un regard juste sur notre part et la part donnée par le Seigneur. Cela me rappelle une blague, imaginez-vous que vous tournez autour de St Pothin en voiture cherchant désespérément une place pour être à l’heure à la messe, vous implorez le Seigneur, Seigneur aide moi à trouver une place, et soudain devant vous une voiture libère une place, que dites-vous ? « Merci Seigneur pour cette place » ou « c’est bon Seigneur je me suis débrouillé tout seul ? »

Rendre au seigneur ! c’est une bonne manière de passer par le chas de l’aiguille

2/ se déposséder pour participer au bien commun, comment est-ce que je peux faire fructifier ce que j’ai reçu au service du Bien Commun ?

se déposséder n’est pas fuir en disant je ne suis responsable de rien. C’est accepter la responsabilité de faire fructifier ce qui nous est confié pour le bien de chacun et de tous. Ainsi Le travail est notre participation à faire fructifier la création. Création qui elle-même est au service de l’humanité. Alors la question que nous pouvons tous nous poser est « comment puis-je faire fructifier le peu ou le beaucoup qui m’a été confié pour le bien de tous ? ».  Et parfois c’est compliqué de discerner ce qui est bon : moi j’aimerai bien mettre ma voiture à disposition en semaine parce qu’elle ne sert à rien mais d’un autre côté le matin j’ai les Laudes, le soir je reçois des fiancés, je n’arrive pas à trouver une organisation pour confier et récupérer les clés de la voiture…alors pour l’instant ma voiture est un bien qui ne sert pas.

Autre idée je suis assez fasciné par l’idée de partager le bénéfice de l’entreprise en trois tiers dont un pour les salariés mais j’ai aussi besoin de garder des fonds pour investir…

Le discernement est un exercice difficile.

En revanche la décision est prise depuis longtemps chaque revenu supplémentaire ou exceptionnel, nous redonnons 1/3 à une association, au moins 1/3 de ce qui en fait n’est pas nécessaire puisque non attendu et en revanche ce 1/3 peut devenir le nécessaire de quelqu’un.

Pour arriver à passer par le trou l’aiguille, sachons accepter de nous laisser guider dans la prière, avec la sagesse de l’Eglise et sa doctrine sociale, et en s’appuyant sur les conseils de nos frères et sœurs.

 

Que ferai Jésus à ma place ?

 

Thierry Villemagne, diacre permanent de l’ensemble paroissial Saint Pothin – Immaculée Conception