Aujourd’hui, nous avons un évangile politique. On ne s’en rend pas forcément compte. Mais le terme qui est employé, « règne de Dieu » est quasiment le terme de « royaume ». Il s’agit du règne d’un roi. Nous avons une parabole qui est politique. Et ça tombe bien parce que nous avons des questions politiques en ce moment. Beaucoup d’événements qui se passent, de violences. Et qu’est-ce que cette parabole peut nous dire ? Qu’est-ce qu’elle a à nous apprendre ? Je parle de ce royaume de Dieu qui est en train de croître. On n’a pas l’impression d’avoir cela sous les yeux actuellement. Je vous propose de réfléchir à partir de cet angle-là pour savoir l’attitude à avoir aujourd’hui.

Mais avant de comprendre l’attitude à avoir, il faut bien comprendre ce qu’est le royaume de Dieu. Qu’est-ce que c’est ? Il faut comprendre aussi comment il est en croissance. Qu’est-ce que cette croissance ? Et alors nous pourrons comprendre l’attitude intérieure qui doit être la nôtre, dans cette société où tant de choses sont chamboulées.

 

Qu’est-ce que le royaume de Dieu ? Il se comprend par son roi : le Christ. C’est celui qui inaugure le royaume de Dieu. Et le royaume de Dieu, pour le définir en deux mots, c’est tout endroit où les valeurs transmises par le Christ sont vécues, où les valeurs évangéliques sont vécues. Il y a donc plusieurs endroits où on peut voir cela. J’en ai noté trois.

Le premier, c’est l’Église. L’Église est sur terre le germe et le commencement du royaume de Dieu, nous dit le Concile Vatican II. L’Église est l’endroit où, normalement, les valeurs évangéliques sont vécues de manière particulièrement forte.

Deuxième lieu : la société. Quand l’Église apparaît dans une société, elle cherche à diffuser ses valeurs évangéliques. Et même si les gens ne se convertissent pas, il y a quelque chose d’évangélique qui apparaît. Et on peut voir ainsi les sociétés, par exemple, des sociétés bouddhistes, en Orient, où il n’y a pas eu énormément de conversion, mais où le pardon, notion éminemment chrétienne, est arrivé dans la société. Il y a déjà là un commencement du royaume de Dieu qui se met en place.

Et enfin, le troisième lieu où se vit le royaume de Dieu, c’est en vous et en moi. Le royaume de Dieu est au milieu de vous, est en vous, nous dit le Christ. Parce que le jour de notre baptême, nous avons reçu l’Esprit-Saint. Le Christ vit en nous. Eh oui, nous essayons de vivre des valeurs évangéliques. Voilà pour le royaume de Dieu, tout endroit où les valeurs évangéliques sont vécues.

 

Mais Jésus, dans cette parabole, va plus loin. Il nous dit qu’une des caractéristiques de ce royaume, c’est qu’il est en croissance. D’où vient cette croissance ? Elle vient de deux endroits différents, Dieu et nous.

Dieu, tout d’abord, et vraiment, la parabole insiste là-dessus. Nuit et jour, sans que l’on sache comment, cette plante grandit. Dieu est le premier acteur de la croissance du royaume, de l’Église, de nous-mêmes. Son action est mystérieuse. Mais nous avons cette certitude, et le Christ nous le dit, que ça grandit. Et on le voit quand des catéchumènes arrivent dans une paroisse. Quand des personnes demandent le baptême, ils nous disent, « Un jour, je suis rentré dans une église et je me suis rendu compte que Dieu existait, était présent et qu’il m’aimait. » Ça vient de Dieu. Ça ne vient pas de nous. Les apôtres, ces pauvres pécheurs qui ont évangélisé toute la Méditerranée, ça vient de Dieu. Donc l’action de Dieu est vraiment première.

Mais, rassurez-vous, vous n’êtes pas au chômage, il y a aussi notre action à nous. Nous sommes cette terre qui reçoit cette semence. Notre première action pour faire croître le royaume, c’est d’accueillir cette semence, qui est la parole de Dieu, qui est la communion, qui est la confession, qui est la prière. C’est par cet accueil de l’action de Dieu en moi, dans l’église, que peut croître ce royaume de Dieu. C’est vraiment Dieu qui est le premier, vous voyez, qui est vraiment le premier acteur. Et après, évidemment, de manière plus active de notre part, nous avons à témoigner de notre foi par nos paroles et nos actes, qui est une conséquence de tout cela. Et c’est ainsi que ce royaume de Dieu est en croissance, d’abord par Dieu et aussi par notre action.

 

Et avec tout cela, quelle est notre attitude intérieure pour le temps que nous vivons aujourd’hui ? Sachant cela, sur le royaume de Dieu, comment nous comporter comme chrétiens ? Il y a trois mots que je garde en tête. Le mot d’espérance, le mot de pauvreté et le mot de mouvement.

Le mot d’espérance, d’abord. Le royaume de Dieu est en croissance. On ne sait pas comment Dieu agit. C’est ce qu’on appelle la providence. Dieu tient tout dans sa main. Est-ce que oui ou non, nous croyons en cela ? Est-ce que oui ou non, dans ce monde en ébullition, qui fait tant de bruit, nous croyons que Dieu tient cela dans ses mains ? L’espérance, ce n’est pas un optimisme béat. Tout va bien. L’espérance, c’est avoir conscience des difficultés présentes, mais de croire que Dieu est plus fort. Est-ce que nous croyons véritablement que Jésus, par sa mort et sa résurrection, a apporté le salut au monde ? C’est ça, la question. Espérer.

Deuxième chose, la pauvreté. Pas plus simple que l’espérance. Je vous assure. Nous sommes pauvres face à ça. Je n’ai pas l’impression d’avoir une grande action. Comment être artisan de paix aujourd’hui ? L’Église, qu’est-ce qu’elle peut faire ? Mais on se sent tout petit, dépassé, face à tout ce que l’on voit, à cette violence. C’est

écrasant. Mais cette petite graine, vous la trouvez très grosse, vous ? Et le Christ en croix, vous le trouvez puissant, à vue humaine ? Le moment où le Christ était le plus pauvre, c’est le moment où il a retourné le monde. La pauvreté fait partie de notre condition de chrétien. Et c’est par notre pauvreté que le Christ veut agir. Alors, oui, c’est déroutant. Mais Dieu nous dit, si nous utilisons uniquement les moyens qu’on voit dans le monde, ça ne viendra pas bien loin. Appuyez-vous sur la pauvreté. C’est comme cela que je retourne les choses. Comment, Seigneur, être-moi un artisan de paix à ma petite place ? Et toi, Seigneur, tu feras le reste. Troisième mot, c’est le mot de mouvement. Cette graine est en croissance. Et nous aussi, nous avons rentré dans ce dynamisme de croissance, dans ce mouvement. Nous avons sans cesse à nous poser la question. Nous avons sans cesse à nous poser la question, sans cesse. Seigneur, est-ce que je te plais suffisamment ? Est-ce que ma manière de prier te convient ? Est-ce que tu veux que je prie différemment, davantage ? Comment veux-tu que j’annonce l’évangile ? Comment veux-tu que je me comporte davantage en chrétien ? Nous avons sans cesse à être en mouvement, et c’est uniquement ainsi que Dieu peut agir à travers nous. Si nous nous disons, « C’est bon, tout va bien, « je suis arrivé, je suis au bout du chemin, « je n’ai rien à changer, je suis parfait », Dieu ne peut pas agir. Et nous ne pourrons pas devenir cet arbre sous lequel les oiseaux nous retrouveront. Et c’est la même chose pour une paroisse, en fait. Sans cesse, nous pouvons nous poser la question, est-ce que notre paroisse est suffisamment priante ? Est-ce qu’elle est suffisamment missionnaire ? Sans cesse, Seigneur, comment cette paroisse peut davantage rejoindre la société, être cette petite graine du royaume de Dieu ? Si nous nous disons, « C’est bon, tout va bien, « ne bougeons pas, restons comme on est », nous serons cet arbuste qui ne bouge plus et qui ne pourra pas accomplir sa mission du royaume de Dieu. Un jour, je croisais un très bon prêtre, et vraiment, il avait une paroisse de feu. Et il dit, « Olivier, comment est-ce qu’on pourrait être « pour que notre paroisse soit davantage missionnaire ? » Ça, c’est beau. Elle était belle, sa paroisse, pourtant, mais il avait sans cesse ce désir au fond du cœur d’aller plus loin, d’être davantage conforme à Dieu. Et c’est cela qui doit nous aider, être en mouvement.

Vous voyez ce royaume de Dieu ? C’est cet endroit où les valeurs évangéliques sont vécues. C’est un lieu qui est sans cesse en croissance par l’action de Dieu et la nôtre. Et nous, nous avons cette attitude à garder, espérer, oui, espérer, rester pauvre et rester sans cesse en mouvement. Voilà le plan du Seigneur pour le monde. Voilà comment il veut le transformer. Alors demandons au Seigneur, même si nous sommes en mouvement, alors demandons au Seigneur, même si cela est déroutant, de nous aider à rentrer dans ce royaume de Dieu, dans cette logique évangélique. Amen.

Père Olivier de Petiville, vicaire de l’ensemble paroissial Saint Pothin – Immaculée Conception