« Je ne suis qu’un homme, moi aussi » 

A l’heure où notre société est questionnée sur le sens et la valeur de la vie humaine, face à une actualité qui, trop souvent, nie toute fraternité humaine, il est beau et bon d’entendre Saint Pierre déclarer au centurion « je ne suis qu’un homme, moi aussi ».

Dans la bouche de celui à qui le Christ a confié son Eglise, ces mots raisonnent bien sûr du refus de l’apôtre de se laisser laver les pieds, du chant du coq et du poids de son reniement.

Être un Homme, c’est de fait reconnaître et assumer ses fragilités et ses blessures. Et cela n’est pas si simple, a fortiori dans un monde qui ne cesse de promouvoir la force et la réussite. Pourtant le centurion et Saint Pierre nous montrent le chemin à suivre, un chemin d’humilité, un chemin où chacun accueille et reconnait en l’autre son frère en humanité, avec ses faiblesses, ses échecs, les épreuves subies. Comme l’écrivait le poète Christian Bobin, « quelle que soit la personne que tu regardes, sache qu’elle a déjà plusieurs fois traversé l’enfer ».

Mais les mots de Pierre raisonnent avant tout de sa rencontre avec le Christ ressuscité, du pardon reçu, de la confiance donnée. Ces mots raisonnent de l’amour de Dieu. Car être un Homme, dans la foi, c’est faire cette expérience d’être éperdument aimé de Dieu. Et ce qui est vrai pour moi, est vrai pour tout homme et toute femme.

Nous saisissons alors que le commandement que Jésus nous donne de nous aimer les uns les autres n’est pas une idée philosophique ou un message politique. L’amour est l’essence même de l’être humain. L’amour est consubstantiel à notre humanité ; nous n’avons d’autre raison d’être, d’autre vocation que d’aimer, car Dieu le premier nous aime comme le Christ nous l’a révélé par sa vie, car Dieu le premier nous donne son amour par la mort et la résurrection de son fils Jésus-Christ.

Il n’y pas d’humanité sans amour, pas d’humanité sans fraternité. Dans son livre « Si c’est un homme », Primo Levi raconte que le premier geste humain, alors que le camp d’Auschwitz venait d’être libéré, a été le partage d’une tranche de pain et c’est « avec ce geste que naquit le long processus par lequel, nous qui n’étions pas morts, nous avons cessé d’être des Häftlinge (prisonniers) pour apprendre à redevenir des hommes ».

Voilà pourquoi, baptisés, nous sommes appelés à vivre et à défendre, contre toutes les violences de ce monde, contre tous les désirs morbides de repli sur soi, contre toutes les désespérances et les peurs de l’autre, la fraternité humaine.

Parce que chacun de nous peut dire, à la suite de Pierre, je ne suis qu’un homme … mais, par mon baptême, je suis le Christ. Parce que c’est à cette hauteur là que nous sommes appelés à vivre … en frères.

 

Frédéric Subra, diacre permanent