Dimanche 29 septembre 2019

« Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent » (Luc 16,13);

 

« Malheur à vous les riches » (Luc 6,24) ; « Gardez-vous de toute âpreté au gain » (Luc 12,15); Vous ne pouvez  servir Dieu et l’Argent, comme vous ne pouvez servir Dieu et le Démon. Alors, « Vendez vos biens et donnez-les en aumône » (Luc 12,33). Paroles d’une grand exigence …

En entendant ces paroles, nous pouvons nous demander comment vivre notre vie quotidienne, qui inévitablement appelle à se servir de l’argent.

 

Constatons d’abord que Jésus n’a pas peur de parler de l’argent : l’ouvrier mérite son salaire (Luc 10,7) ; une femme fouille sa maison pour trouver une drachme perdue (Luc 15,8 s); le groupe des 12 avait une bourse  …

Jésus a vécu dans notre monde et il connaît la valeur de l’argent ; il en voit les aspects les plus ignobles (comme nous le rappelle la 1° lecture) mais il a été aussi témoin de grandes générosités.

 

L’argent est né, nous le savons, par l’avènement de la ville qui ne rend plus possible le troc, et par l’instauration de l’Etat qui peut battre la monnaie. L’argent donne une liberté, une indépendance, une sécurité ; il permet de prendre du recul, d’élaborer des projets et de les réaliser ; Il est le vecteur d’une relation. L’argent est le reflet du travail, d’une participation à la construction de ce monde. Il donne la valeur des biens.

Il permet de manifester sa générosité à ceux qui nous entourent ; pourvu que cela soit mû par la charité : « J’aurais beau distribuer tous mes biens en aumônes et livrer mon corps au feu, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert à rien » (1 Co 13). Nous pourrions longuement développer toutes les dimensions positives de l’argent, sans développer un sens de culpabilité.

 

Mais il nous faut aussi réentendre Jésus nous dire en ce dimanche : « Vous ne pouvez servir deux maîtres, Dieu et l’Argent ». Nous pouvons nous faire mener par l’argent ; il peut être sale (et on le blanchira), le fruit d’un vol, d’une escroquerie, ne plus correspondre à la valeur réelle du travail. L’argent peut servir à des projets certes, mais ces projets peuvent être mauvais ou devenir totalisants.

L’argent nous le savons bien est souvent lié à la soif de paraître et de pouvoir ; il peut être lié à nos peurs, nos angoisses … L’argent devient alors le maître de nos vies. Regardons l’énervement qui peut nous habiter pour une histoire d’argent perdu ou volé ou escroqué ; et le peu d’inquiétude que nous pouvons avoir si nous avons « perdu un temps de prière ».

Nous pouvons aussi être dispendieux avec cet argent car nous en avons assez pour vivre, tout en manquant de réelle générosité …

Notre rapport à l’argent est complexe ; il est un révélateur de nos combats, de nos choix à poser. Il est bon de nous laisser éclairer par Jésus sur notre manière de gérer nos biens …

Car l’argent se doit d’être l’expression de notre amour pour les hommes qui sont nos frères et sœurs, de notre confiance en sa Providence qui nous invite réellement au partage, à l’image de Dieu qui s’est fait pauvre … Nous savons qu’il y a là un vrai secret de la joie …

 

Tout cela ne peut que résonner avec l’invitation qui vous est faite ce week-end à propos des fraternités Pentecôte : le grand objectif de notre vie est de devenir frères et sœurs de tous ! Les fraternités sont une très belle école pour cela …

 

Père Patrice Guerre,

curé de Saint-Pothin et de l’Immaculée Conception